J.P. Euzéby : Abrégé de Bactériologie Générale et Médicale à l'usage des étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
 

Bactériologie Générale
Bactériologie Médicale

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TAYLORELLA

 

 

Systématique et importance

 

Le genre Taylorella est classé dans la famille des Alcaligenaceae (ordre des Burkholderiales, classe des Betaproteobacteria, division ou phylum des "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").

Le genre Taylorella comprend deux espèces (voir Taylorella in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature) dont seule Taylorella equigenitalis est importante en médecine vétérinaire car elle est l'agent de la métrite contagieuse des équidés.
Avant 1984, Taylorella equigenitalis était appelée Haemophilus equigenitalis.

 

Principaux caractères bactériologiques

 

Taylorella equigenitalis se présente sous la forme d’un bacille ou d’un coccobacille à Gram négatif, de 1,5 mm de longueur sur 0,7 mm de diamètre, donnant parfois dans les vieilles cultures des formes filamenteuses de 5 à 6 mm de longueur, immobile, non sporulé et présentant des pili qui pourraient être des facteurs d’attachement aux cellules épithéliales.

Taylorella equigenitalis est micro-aérophile, sa culture nécessite 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone, une température comprise entre 30 et 42 °C et une humidité relative. La croissance n’est pas obtenue sur les milieux ordinaires, elle est extrêmement faible sur gélose au sang et elle n’est pas stimulée par la présence du facteur X et/ou V.
Les conditions optimales de culture sont représentées par l’utilisation d’une gélose chocolat incubée à 37 °C dans une atmosphère contenant au moins 70 p. cent d’humidité et 7 p. cent de dioxyde de carbone.

Les colonies ne sont pas visibles à l’œil nu avant 48 ou 72 heures et, lors de l’isolement, certaines souches ne donnent une culture qu’après 5 voire même 13 jours d’incubation.
Après 48 heures d’incubation, les colonies sont rondes, convexes, lisses, brillantes, à bord régulier, légèrement grisâtres et d’une taille de 0,5 à 2 mm. Après 72 heures d’incubation, les colonies s’aplatissent et leur centre devient plus opaque. La taille des colonies augmente régulièrement pour atteindre 7 à 10 mm après 10 jours d’incubation. Les souches qui ne poussent qu’après 5 jours d’incubation, donnent des colonies d’un diamètre de 0,15 mm et leur taille n’excède pas 0,25 mm après 10 jours.

Taylorella equigenitalis possède une catalase, une cytochrome oxydase, une phosphatase alcaline et une phosphatase acide, mais les autres caractères biochimiques sont fréquemment négatifs .

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

La métrite contagieuse des équidés est une infection sexuellement transmissible ou transmise à la faveur d’explorations gynécologiques effectuées dans des conditions d’hygiène insuffisantes ou par l’intermédiaire du matériel de contention utilisé lors des saillies. Le germe a été mis en évidence chez des bovins par une technique de PCR, mais seuls les équidés semblent susceptibles d’exprimer des signes cliniques. La maladie a été initialement décrite en Angleterre puis diagnostiquée ultérieurement aux États Unis, au Japon en Australie et en Europe (Allemagne, Belgique, France, Hollande, Irlande, Italie, Suisse, ...). La métrite contagieuse des équidés est inscrite sur la liste B de l'OIE (maladies de la liste B de l'Office International des Epizooties). En France, depuis le décret du 17 février 2006, la métrite contagieuse n'est plus une maladie réputée contagieuse mais elle reste une maladie à déclaration obligatoire.

Le mâle est un simple porteur de germes (fourreau, fosse urétrale, urètre, liquide pré-éjaculatoire, sperme) et seule la jument exprime des signes cliniques. La forme aiguë se traduit par une endométrite avec apparition, dans les 2 à 4 jours suivant le contact infectant, d’écoulements vaginaux et utérins abondants qui s’estompent progressivement pour disparaître spontanément en 15 à 20 jours. Actuellement, cette forme aiguë classique est moins fréquente et laisse la place à des formes chroniques, plus frustres et d’évolution insidieuse. Taylorella equigenitalis n’est qu’exceptionnellement responsable d’avortements et les juments gravides infectées donnent généralement naissance à des poulains en bonne santé. L’infection reste localisée aux muqueuses génitales, elle ne provoque pas de mortalité, elle n’altère pas l’état général des animaux mais elle a des répercussions économiques importantes car elle provoque une baisse ultérieure de la fécondité et elle constitue une entrave aux échanges commerciaux.

 

Diagnostic bactériologique

 

La réalisation du prélèvement et les modalités du diagnostic de laboratoire sont réglementées. Les principales dispositions sont résumées ci-dessous.

Réalisation du prélèvement :

- Les prélèvements sont réalisés par un vétérinaire sanitaire ayant suivi une formation spécialisée.

- Le matériel, les modalités pratiques et les sites de prélèvement sont codifiés.

- Les prélèvements sont ensemencés sur place dans les 10 minutes suivant leur réalisation ou placés dans un milieu de transport (AMIES-charbon) et ils doivent alors parvenir au laboratoire dans les 24 heures. Les échantillons qui parviennent au laboratoire dans d’autres milieux de transport ou dans un délai supérieur à 24 h ne peuvent être acceptés.

- Les prélèvements sont accompagnés d’une fiche de commémoratifs d’un modèle officiel.

Diagnostic de laboratoire :

- Les analyses sont effectuées par des laboratoires agréés.

- La méthode de diagnostic est codifiée par un laboratoire de référence et le Comité Français d’Accréditation (COFRAC) a publié un texte de référence (texte de référence BA 240 édité par le CNEVA) détaillant les techniques à mettre en œuvre.
En France, seuls l’isolement et l’identification sont officiellement agréés pour le diagnostic et le dépistage des animaux porteurs. Quelques informations sur les modalités de ce diagnostic sont données dans la fichier Taylorella equigenitalis in Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire.

- Les laboratoires s’engagent à communiquer le jour même tous les résultats d’analyses au Directeur des services vétérinaires du lieu de stationnement de l’animal.

 Le diagnostic bactériologique de Taylorella equigenitalis est long et parfois aléatoire aussi, il convient de multiplier les sites de prélèvements et de répéter les examens. Cette recherche est également difficile lorsque le nombre de bactéries est faible et que le prélèvement contient une flore annexe importante. Pour toutes ces raisons, une technique d’immunofluorescence indirecte, mise en œuvre directement sur les prélèvements, a été mise au point. Les antisérums de lapins hyperimmunisés montrent une très bonne spécificité. Cette technique est rapide (24 heures), plus sensible que la culture mais elle nécessite une grande attention au moment de la lecture.

La PCR, mise en œuvre sur les prélèvements se révèle moins sensible qu’un test PCR effectué sur des cultures. Cette dernière technique est très sensible, elle permet de donner un résultat en 3 jours et elle pourrait être utilisée en routine.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Les souches de Taylorella equigenitalis sont résistantes à la clindamycine, à la lincomycine et au métronidazole, elles présentent une sensibilité variable à la colistine, à la streptomycine, au sulfaméthoxazole ou au triméthoprime mais, elles sont sensibles à de nombreux autres antibiotiques : pénicilline, ampicilline, céfalotine, gentamicine, kanamycine, néomycine, chloramphénicol, tétracycline, érythromycine, acide nalidixique, bacitracine...

En pratique, pour éviter un traitement mal conduit, celui-ci est étroitement réglementé et ses modalités ainsi que son contrôle sont variables selon les animaux (étalon ou jument).

 

Prophylaxie

 

Il n’existe pas de vaccin apte à prévenir l’infection et la prophylaxie repose exclusivement sur des mesures sanitaires (dépistage obligatoire des étalons livrés à la monte publique, mise en place d’un contrôle sanitaire officiel des établissements étalonniers et des juments, ...).

 

 

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