J.P. Euzéby : Abrégé de Bactériologie Générale et Médicale à l'usage des étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
 

Bactériologie Générale
Bactériologie Médicale

Autres sites Web : List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature - Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire - SBSV
 

home

 

NOCARDIA

 

 

Systématique et importance

 

Le genre Nocardia est classé dans la famille des Nocardiaceae (sous-ordre des Corynebacterineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des Actinobacteridae, classe des Actinobacteria, division ou phylum des "Actinobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").
La systématique du genre est complexe (voir Nocardia in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature) et ce genre s'enrichit régulièrement de nouvelles espèces.

Plusieurs espèces du genre Nocardia sont pathogènes pour l'homme, pour d'autres mammifères, pour les oiseaux, les poissons et les coquillages. Les nocardioses des oiseaux, des poissons et des coquillages ne seront pas envisagées dans ce fichier, mais quelques informations sont disponibles dans le fichier Nocardia in Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire.

 

Principaux caractères bactériologiques

 

Les Nocardia sont des bactéries filamenteuses (filaments rudimentaires ou très ramifiés), de 0,5 à 1,2 mm de diamètre. Les filaments se fragmentent soit spontanément soit après une action mécanique pour donner des éléments bacillaires ou coccoïdes, immobiles. Ce sont des micro-organismes à Gram positif ou à Gram variable qui présentent souvent un caractère d'acido-résistance (contrairement aux Actinomyces spp.) dû à la présence d'acides mycoliques. Elles sont aérobies strictes, mésophiles, catalase positive, chimio-organotrophes à métabolisme oxydatif.

La plupart des espèces cultivent en 3 à 7 jours à des températures comprises entre 15 °C et 37 °C mais, à partir d'un prélèvement, la culture peut nécessiter une incubation de plusieurs semaines. Les Nocardia spp. cultivent généralement bien sur des milieux ordinaires. Les colonies, parfois hémolytiques, sont fermes, friables, crénelées, opaques, à surface finement plissée ou cérébriforme et parfois recouvertes d'un duvet blanchâtre (présence abondante d'hyphes aériens). Les colonies sont souvent pigmentées en blanc, en gris, en jaune, en orange, en rose, en rouge, en brun ou en pourpre et souvent incrustées dans la gélose. Des hyphes aériens sont présents mais ils ne sont généralement visibles qu'au microscope.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les Nocardia spp. sont essentiellement présentes dans l'environnement : plantes, sol, eau, air et poussières. Il est également possible de les isoler de la peau, de la région oropharyngée et du tractus digestif de l'homme et des animaux.

Les infections sont souvent d'origine pulmonaire et peuvent conduire à des infections systémiques ou à localisations secondaires après dissémination de la bactérie dans l'organisme. Moins fréquemment, on observe des infections localisées à la peau ou aux tissus sous-cutanés résultant d'un traumatisme local ou d'une infection des plaies par le sol.
Quelques formes de nocardiose sont spécifiques aux espèces animales. Il s'agit notamment des mammites à Nocardia.
Les nocardioses sont des maladies cosmopolites se rencontrant plus volontiers chez des individus affaiblis notamment à la suite d'un état d'immunodépression (touchant préférentiellement l'immunité à médiation cellulaire) ou à la suite d'une infection sous-jacente ou chez des individus traités par des corticostéroïdes.

Les nocardioses résultent le plus souvent d'une infection par les espèces du complexe Nocardia asteroides. La terminologie de "complexe Nocardia asteroides" désigne Nocardia asteroides, Nocardia farcinica et Nocardia nova qui ne sont pas toujours distinguées les unes des autres.

Nocardioses pulmonaires et nocardioses secondaires à une infection pulmonaire

Les nocardioses pulmonaires qui résultent de l'inhalation du germe, sévissent chez l'homme et chez les animaux (primates non-hominiens, chiens, chats, bovins, chevaux, chèvres, porcs, antilopes, daims, lamas, mangoustes, oiseaux, ...). Elles se traduisent par un syndrome bronchique avec toux et dyspnée et par une atteinte pulmonaire d'évolution subaiguë ou chronique. Ces formes pulmonaires s'accompagnent d'une altération progressive de l'état général avec des accès fébriles, une anorexie et une perte de poids. Les lésions consistent en des abcès isolés ou multiples et confluents, pouvant se compliquer d'empyème. Par contiguïté, l'infection peut s'étendre au péricarde ou au médiastin.

A partir d'un foyer pulmonaire (parfois inapparent) le germe peut être disséminé par voie hématogène et conduire soit à une nocardiose systémique soit à des nocardioses localisées extra-pulmonaires.
. Les nocardioses systémiques se caractérisent par des formes pleuro-pulmonaires très sévères accompagnées d'une diffusion métastatique à divers organes. Elles sont souvent consécutives à des traitements corticoïdes effectués à fortes doses.
. Les nocardioses localisées extra-pulmonaires sont principalement des formes nerveuses ou sous-cutanées.
Les localisations nerveuses avec formation de multiples abcès cérébraux et rarement des méningites touchent des individus prédisposés. L'expression clinique est variable : céphalées, nausées, vomissements, déficits sensitifs ou moteurs, crises convulsives, atteinte cérébelleuse, ... Le taux de mortalité chez l'homme est compris entre 25 et 80 p. cent.
Les localisations sous-cutanées provoquent une altération de l'état général et la formation de nodules fermes, non mobilisables évoluant en lésions fistulisées et ulcéreuses avec constitution d'un pus jaune ou blanc avec une absence de grains.

Nocardioses sous-cutanées primitives

Les nocardioses sous-cutanées peuvent se produire d'emblée chez des sujets sains et succèdent alors à des piqûres (épine, fil de fer) ou des blessures (telles que celles provoquées par un accident de la circulation). Quelques cas d'infections sous-cutanées ont pour origine des griffures de chat et il semble que cet animal puisse jouer le rôle de vecteur mécanique.

Mammites à Nocardia

Les mammites à Nocardia résultent d'une contamination par Nocardia asteroides mais aussi d'une contamination par Nocardia farcinica ou par Nocardia otitidiscaviarum. Elles sont le plus souvent aiguës et surviennent volontiers au cours du mois suivant le part chez des vaches au cours de la 2ème, 3ème ou 4ème lactation. Au départ, la maladie se présente comme une mammite aiguë classique, le lait est toujours altéré et présente de petits grains blancs ou jaunes. L'hyperthermie est élevée (41-42 °C) et persiste plusieurs semaines. Fréquemment, un abcès se forme en région sous-cutanée et s'ouvre à l'extérieur après 5 à 6 semaines d'évolution. Le pronostic des mammites aiguës est sombre, elles conduisent à la mort de l'animal ou à la sclérose définitive des quartiers atteints. Sur le plan lésionnel, la mamelle est le siège d'une fibrose très importante associée à la présence de nodules jaunâtres contenant un pus granuleux.

Les formes chroniques, sans fièvre et sans atteinte de l'état général, affectent le plus souvent un seul quartier qui présente une fibrose et produit un lait très altéré.

L'origine des mammites à Nocardia n'est pas connue. On a incriminé des seringues à injection intra-mammaire contaminées par des souches de Nocardia sp., les traitements au tarissement qui perturberaient les flores et notamment les traitements à base de néomycine (les Nocardia sp. sont fréquemment résistantes in vitro à la néomycine mais le lien entre un traitement au tarissement à l'aide de cet antibiotique et l'apparition des mammites à Nocardia demeure obscur), le haut niveau de la production lactée qui fatiguerait la glande mammaire, les conditions météorologiques, ...

Des cas de mammites à Nocardia ont également été décrits chez la chèvre.

 

Facteurs de pathogénicité

 

Au sein d'une même espèce, la virulence des souches peut être variable et les facteurs de pathogénicité sont encore mal connus.
. Les Nocardia sont phagocytées mais, au moins pour les souches virulentes, on observe une absence d'acidification des phagosomes, une inhibition de la fusion phagosome-lysosome, une résistance à la destruction par les radicaux oxygénés.
. Quelques toxines ont été mises en évidence, mais leur rôle dans l'infection naturelle est faible ou inconnu.
. Certains composants pariétaux ont été impliqués dans la virulence. C'est le cas notamment d'un dimycolate de tréhalose analogue au cord factor de Mycobacterium tuberculosis. Les souches de Nocardia spp. contenant de grandes quantités de dimycolate de tréhalose sont les plus virulentes pour la souris. La toxicité du dimycolate de tréhalose est encore discutée, mais il se révèle apte à jouer un rôle important dans l'inhibition de la fusion phagosome-lysosome.
Les acides mycoliques sont également impliqués dans la virulence car des mutants de Nocardia asteroides, possédant peu d'acides mycoliques, perdent leur capacité d'invasion et leur capacité à coloniser le cerveau.
. La structure et la composition chimique de la paroi varient selon le stade de la croissance. Les formes filamenteuses possèdent une protéine de 43 kDa serait impliquée dans l'adhésion, l'invasion et la dissémination de Nocardia asteroides (des anticorps anti-protéine de 43 kDa sont neutralisants).

 

Diagnostic bactériologique

 

Diagnostic bactériologique classique

Les Nocardia ne sont pas d'un diagnostic expérimental facile et il est toujours nécessaire de faire part au laboratoire d'une suspicion clinique de nocardiose. Inversement, l'isolement d'une Nocardia spp., en l'absence de lésions, ne semble avoir aucune signification pathologique.

Le diagnostic est orienté par les caractères culturaux, la présence d'hyphes aériens visibles au microscope, la morphologie (filaments ramifiés, à Gram positif, souvent acido-résistants), par le type respiratoire (aérobies strictes).

Diagnostic basé sur les techniques de biologie moléculaire

Compte tenu de la difficulté à identifier les Nocardia par les techniques classiques, celles ci sont peu à peu abandonnées au profit des techniques de biologie moléculaire.

L'étude des séquences des ADNr 16S a permis de sélectionner des amorces spécifiques du genre Nocardia et permettant d'amplifier un segment de 596 paires de bases. Cette technique est la seule à assurer une identification univoque du genre Nocardia en moins de 24 heures à partir des colonies de l'isolement primaire. Cette technique peut également être utilisée directement sur les prélèvements, en l'absence de cultures préalables.

L'identification des espèces peut recourir à l'analyse des fragments de restriction d'une séquence de 440 paires de bases du gène hsp65 (codant pour la protéine du choc thermique de 65 kDa). Cette technique manque cependant de spécificité.

 

Diagnostic sérologique

 

De nombreuses études ont été consacrées au diagnostic sérologique des nocardioses mais aucune technique n'est actuellement utilisée en routine. Ce diagnostic se heurte à deux obstacles majeurs : la réponse en anticorps des sujets infectés est parfois faible et il existe des communautés antigéniques avec d'autres bactéries comme les Mycobacterium spp., les Rhodococcus spp. ou les Corynebacterium spp.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

La sensibilité aux antibiotiques des espèces du genre Nocardia n'a pas été déterminée pour toutes les espèces. En raison d'une vitesse de croissance variable et de la difficulté à obtenir des suspensions homogènes, la standardisation de l'antibiogramme est délicate.

Les antibiotiques semblant donner les meilleurs résultats (liste limitée aux antibiotiques d'un usage courant en médecine vétérinaire) sont les associations triméthoprime-sulfaméthoxazole, la minocycline, l'érythromycine et l'association amoxicilline-acide clavulanique (sauf pour les infections dues à Nocardia farcinica).
Quel que soit le traitement envisagé, sa durée doit être prolongée de 3 à 12 mois selon la gravité de l'infection.

 

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.