J.P. Euzéby : Abrégé de Bactériologie Générale et Médicale à l'usage des étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
 

Bactériologie Générale
Bactériologie Médicale

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HISTOPHILUS

 

 

Systématique et importance

 

Le genre Histophilus et l'espèce Histophilus somni ont été validement publiés en 2003 pour reclasser des bactéries préalablement connus sous les noms de "Histophilus ovis" ou de "Haemophilus agni" ou de "Haemophilus somnus". Le genre Histophilus est placé dans la famille des Pasteurellaceae (classe des Gammaproteobacteria, division ou phylum des "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").

Histophilus somni est une bactérie pathogène opportuniste pour les ovins et surtout pour les bovins.

 

Principaux caractères bactériologiques

 

Le genre Histophilus rassemble des bacilles ou des cocco-bacilles à Gram négatif, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, oxydase généralement positive, catalase négative, fermentant le glucose sans production de gaz.

Histophilus somni n'exige ni le facteur X ni le facteur V, mais sa croissance requiert de la thiamine monophosphate. La bactérie ne cultive pas sur gélose de MacConkey. En revanche, la culture est obtenue sur divers milieux complexes incubés à une température de 36 ou de 37 °C (la croissance est nulle à 24 ou à 47 °C et faible à 30 ou à 43 °C). La croissance de la très grande majorité des souches nécessite l'adjonction de 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. Dans les milieux peptonés, la culture est favorisée par l'addition de sang, d'extraits de levure et de cystéine.
Après 48 heures d'incubation, les colonies ont un diamètre de 1 à 2 mm, elles sont fréquemment teintées en jaune pâle et elles peuvent être hémolytiques ou non hémolytiques.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Histophilus somni semble avoir une répartition géographique vaste (Australie, Amérique du Nord, Europe, Nouvelle Zélande…) et c'est un parasite des muqueuses des ruminants. Il est présent dans la flore des voies respiratoires supérieures et surtout dans la flore des voies génitales et urinaires. Histophilus somni est couramment isolé de la vessie, du prépuce, du sperme, du vagin, de la fosse clitoridienne... Le portage semble extrêmement répandu puisque plus de 25 p. cent des animaux présentent des anticorps.
La transmission peut se faire par voie sexuelle (monte naturelle, matériel d’insémination artificielle) mais l'élimination du germe dans le mucus nasal, les écoulements vulvaires et l'urine conduit à une contamination du milieu extérieur et à l’infection des animaux par voie respiratoire. Bien que la survie soit très courte dans l'urine, celle ci pourrait constituer une source importante de contamination car les aérosols produits au cours de la miction peuvent infecter les animaux sains par voie respiratoire.

L'expression clinique des infections à Histophilus somni succède à des agressions de nature variée : transport (Histophilus somni est une des bactéries impliquées dans le syndrome fièvre des transports ou "shipping fever"), regroupement d'animaux (les animaux rassemblés en ateliers d'engraissement présentent rapidement une augmentation du titre en anticorps spécifiques), maladies virales…
Le pouvoir pathogène naturel se manifeste de différentes manières :

. Infections des voies génitales de la femelle pouvant induire une vulvite, une vaginite, une cervicite, une métrite. Il peut en résulter une infertilité, une mort embryonnaire précoce et des avortements avec placentite et rétention du placenta. Une infection in utero du veau serait à l'origine du "syndrome du veau faible" ("weak calf syndrome").

. Infections des voies génitales du mâle se manifestant par des orchites et des orchi-épidididymites suppurées, d’évolution chronique. Ces infections sont rares chez les bovins mais plus fréquentes chez les ovins.

. Infections des voies respiratoires conduisant à des laryngites, à des trachéites, à des broncho-pneumonies suppurées et fibrineuses, à des pneumonies fibrineuses ou à des pleurésies fibrineuses. Ces atteintes respiratoires sont graves et peuvent conduire à des morts soudaines ou à la mortalité après un temps d’évolution très bref, de l’ordre de 24 heures. Les troubles respiratoires sont plus sévères chez les animaux exposés à d'autres infections virales ou bactériennes et ils sont particulièrement fréquents, au moins en Amérique du Nord, chez les bovins en ateliers d'engraissement.

. Infections septicémiques ayant souvent un point de départ respiratoire. Histophilus somni est capable de se multiplier dans les monocytes et les macrophages, il est disséminé dans de nombreux tissus et se localise préférentiellement dans le cerveau, le cœur, les muscles, les articulations et les reins. Les symptômes varient avec les organes infectés et l’état de résistance des animaux.
Les formes nerveuses avec méningo-encéphalite thromboembolique se traduisent par de la somnolence, une faiblesse des membres postérieurs, une ataxie et un opisthotonos. Cette forme clinique peut conduire à des morts subites et elle s’observe préférentiellement chez des animaux âgés de 6 à 10 mois nouvellement introduits dans un élevage. Les méningo-encéphalites thromboemboliques sont rares chez les ovins et leur incidence semble en diminution chez les bovins.
Les atteintes cardiaques et les arthrites semblent survenir avec une fréquence accrue. Les animaux qui présentent des infarctus et/ou des abcès du myocarde peuvent être retrouvés morts ou présenter des signes d'insuffisance cardiaque associée à un œdème pulmonaire. Les lésions, généralement présentes dans le ventricule gauche, vont d'une nécrose à la formation d'un abcès purulent. Les arthrites sont souvent des polyarthrites pouvant atteindre de nombreuses articulations et notamment les grassets.
Les autres formes comprennent des hémorragies musculaires, des hémorragies gastro-intestinales et des infarctus rénaux.

. Infections diverses telles que otites, mammites chroniques, mammites gangreneuses, conjonctivites.

 

Facteurs de pathogénicité

 

Il existe une différence dans le pouvoir pathogène des différentes souches et plusieurs mécanismes susceptibles d'expliquer la virulence ont été mis en évidence :

La résistance au pouvoir bactéricide du sérum est liée à une protéine de surface de 76 kDa ainsi qu'à la présence de récepteurs de hauts poids moléculaires pour le fragment Fc des immunoglobulines.

Le lipo-polysaccharide est doué d'une activité endotoxinique.

Histophilus somni est capable de se multiplier dans les phagocytes même lorsque le pouvoir bactéricide des cellules est stimulé par des cytokines telles que l'IFN-gamma, le TNF-alpha et le GM-CSF. Plusieurs mécanismes ont été évoqués : inhibition de la fusion entre les phagosomes et les lysosomes, diminution de la synthèse des dérivés oxygénés, induction d'une mort cellulaire par apoptose.

In vitro, Histophilus somni adhère aux cellules endothéliales et la production de cytotoxines conduit à une activation des mécanismes de coagulation et à la formation de thrombus. Histophilus somni provoque également une apoptose des cellules endothéliales et des cellules apoptotiques sont mises en évidence sur des coupes histologiques de lésions pulmonaires.

 

Diagnostic bactériologique

 

Le diagnostic par isolement et identification du germe manque de sensibilité et il est parfois impossible d'isoler Histophilus somni alors que les examens cliniques et anatomopathologiques orientent fortement vers un diagnostic d'histophilose.
La difficulté du diagnostic classique est liée à plusieurs facteurs :
. Le germe est fragile et le prélèvement doit être acheminé très rapidement au laboratoire sous couvert du froid (les écouvillons en alginate conservés à température ambiante permettent une survie de 24 heures alors que la survie atteint trois jours lorsque les écouvillons sont placés à 4 °C). L'utilisation des milieux de transport n'est pas recommandée car ils favorisent la multiplication des bactéries contaminantes et diminuent les chances d'isoler Histophilus somni.
. Les milieux doivent être incubés en présence de dioxyde de carbone et les colonies de petites tailles peuvent être masquées par la présence d'autres bactéries.
. Les traitements antibiotiques, administrés à l'animal avant sa mort, peuvent rendre impossible l'isolement de Histophilus somni.

Toutefois, tous les laboratoires vétérinaires peuvent réaliser l’isolement de Histophilus somni à condition de disposer d’excellents prélèvements et de commémoratifs suffisamment précis pour orienter les recherches. Les prélèvements doivent être réalisés le plus rapidement possible après la mort de l’animal, dans des conditions de propreté rigoureuse (si possible de stérilité) et être transférés immédiatement au laboratoire où ils seront traités dans les meilleurs délais. L'isolement se réalise généralement sur deux boîtes de gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de mouton ou de bœuf. L'une des boîtes est incubée en présence de 10 p. cent de dioxyde de carbone et l'autre dans une atmosphère normale. Les boîtes sont examinées après 24 et 48 heures d'incubation. Le diagnostic de Histophilus somni est orienté par les caractères culturaux (présence de très petites colonies légèrement jaunâtres sur la gélose incubée en présence de dioxyde de carbone et absence de croissance ou croissance excessivement faible sur la gélose incubée dans une atmosphère normale), par les caractères morphologiques (petits bacilles immobiles à Gram négatif) et par les caractères biochimiques.

Actuellement, le diagnostic fait principalement appel à la PCR. Ce test, amplifiant l'ADNr 16S, peut être mis en œuvre sur un écouvillon ou sur une culture. L'amplification en chaîne par polymérase est la technique de diagnostic la plus sensible notamment lorsqu'elle est réalisée sur un écouvillon. Cette sensibilité peut être un inconvénient car elle peut révéler des bactéries qui sont de simples contaminants (par exemple des bactéries inhalées), non impliquées dans la pathologie observée.

La sérologie (tests d'agglutination, fixation du complément ou tests immuno-enzymatiques) n'est plus guère utilisée. De nombreux animaux pouvant être infectés de manière inapparente, seule une séroconversion est susceptible d'apporter une aide au diagnostic.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Histophilus somni est sensible à de nombreux antibiotiques : bêta-lactamines, colistine, aminosides, quinolones, tétracyclines, macrolides, sulfamides, florfénicol…

 

Prophylaxie

 

Outre les mesures de prophylaxie sanitaire, des vaccins inactivés et adjuvés (hydroxyde d'alumine ou adjuvants huileux) sont disponibles dans certains pays. Ces vaccins protègent contre les infections systémiques mais ils ne sont pas toujours aptes à prévenir les infections respiratoires. Dans de rares cas, les animaux vaccinés peuvent présenter des signes respiratoires plus intenses que les animaux non vaccinés. Ruby et al. ont montré que les vaccins induisent une production d'IgE détectable dès le 14ème jour et persistant durant au moins 45 jours. Pour ces auteurs, un mécanisme d'hypersensibilité de type I expliquerait, au moins partiellement, que certains animaux vaccinés développent des signes cliniques particulièrement intenses.

L'administration d'antibiotiques (tétracyclines) dans l'aliment permettrait de réduire la mortalité dans les ateliers d'engraissement.

 

 

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