|
Erysipelothrix
Importance
Erysipelothrix rhusiopathiae est l'agent du rouget du porc. Cette espèce infecte également d'autres espèces animales et elle est responsable d'une zoonose.
Systématique
Le genre Erysipelothrix appartient aomaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria", au phylum des "Firmicutes", à la classe des Mollicutes et à la famille des Erysipelotrichaceae.
La liste des espèces validement publiée est donnée dans le fichier Erysipelothrix in List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature.
Deux espèces du genre Erysipelothrix sont importantes en médecine vétérinaire, Erysipelothrix tonsillarum et surtout Erysipelothrix rhusiopathiae.
Principaux caractères bactériologiques
À l'exception de Erysipelothrix inopinata, les espèces du genre Erysipelothrix sont des bacilles à Gram positif (toutefois, les bactéries se décolorent facilement et elles peuvent apparaître comme des germes à Gram négatif renfermant des granules ayant conservé la coloration de Gram), droits ou légèrement incurvés, de 0,2 à 0,4 mm de diamètre sur 0,8 à 2,5 mm de longueur, se présentant de manière isolée, ou en courtes chaînes, ou en V ou en amas, ayant tendance à former de longs filaments pouvant atteindre ou dépasser 60 mm de longueur, non sporulés, immobiles.
Ce sont des bactéries aéro-anaérobies facultatives, à métabolisme faiblement fermentatif, catalase et oxydase négatives, acidifiant sans gaz le glucose ou d’autres sucres, produisant de l'hydrogène sulfuré, non indologènes, synthétisant le plus souvent une coagulase.
La croissance est possible entre 5 et 42 °C avec un optimum thermique compris entre 30 et 37 °C.
Les souches de Erysipelothrix spp. peuvent se présenter sous une forme S ou une forme R.
. Les souches S sont constituées de petits bacilles droits ou légèrement incurvés, donnant des colonies de 0,3 à 1,5 mm de diamètre, légèrement convexes, circulaires, transparentes, avec un aspect lisse, évoluant au cours du temps vers des colonies plus grandes avec un centre opaque.
. Les souches R se présentent sous la forme de filaments et elles donnent des colonies plus grandes (environ 2 mm de diamètre), plates, opaques, d’aspect mat, à contour irrégulier et ne présentant aucun caractère hémolytique.
. Entre ces deux formes, il existe des formes intermédiaires. Les colonies S se dissocient pour donner naissance à des colonies intermédiaires ou R et les colonies R sont également capables de donner des colonies intermédiaires ou S.
Les Erysipelothrix spp. sont dépourvues d’hémolysine bêta, mais sur gélose au sang, les colonies peuvent s’entourer d’une zone d’hémolyse alpha parfois très marquée et pouvant mimer une hémolyse bêta lors d’un examen superficiel.
Il semble que toutes les souches possèdent en commun un ou plusieurs antigènes thermolabiles constitués de protéines ou de glycoprotéines. En revanche, des antigènes thermostables liés au peptidoglycane permettent de décrire au moins 26 sérovars.
L’espèce Erysipelothrix rhusiopathiae regroupe le sérovar 1 (anciennement A) divisé en sérovars 1a et 1b ; le sérovar 2 (anciennement B) divisé en sérovars 2a et 2b ; les sérovars 4, 5, 6, 8, 9, 11, 12, 13, 15 à 19, 21, 24, 25 et 26.
L'espèce Erysipelothrix tonsillarum rassemble les sérovars 3, 7, 10, 14, 20, 22 et 23.
Habitat et pouvoir pathogène
Le sérovar 7 de Erysipelothrix tonsillarum est pathogène pour le chien, il a été isolé de plusieurs cas d’endocardites et l’infection peut être reproduite expérimentalement.
Le principal réservoir de Erysipelothrix rhusiopathiae est constitué par le porc et 30 à 50 p. cent des animaux sains semblent héberger cette bactérie dans les amygdales ou dans les nœuds lymphatiques ou au niveau de la valvule iléo-caecale. Ces porteurs sains excrètent le germe dans leurs fèces, dans leurs sécrétions orales et dans leurs sécrétions nasales. Cette excrétion conduit à une contamination du milieu environnant.
D’autres espèces animales constituent également un réservoir puisque plus de 50 espèces de mammifères (dont la moitié sont des rongeurs), plus de 30 espèces d’oiseaux, des reptiles (crocodiles, caïmans), des poissons, des crustacés, des coquillages et des arthropodes peuvent héberger Erysipelothrix rhusiopathiae. Les oiseaux domestiques ou sauvages ainsi que les rongeurs sont une source de contamination, notamment pour le porc.
Les bovins sains sont également une source potentielle de contamination pour les animaux et l'homme. En effet, une enquête japonaise, effectuée sur 854 bovins, a montré que 76 p. cent des animaux possédaient des anticorps à titre supérieur ou égal à 32. Une autre étude japonaise a permis d'isoler 79 souches de Erysipelothrix rhusiopathiae à partir des amygdales de 1236 bovins. Parmi ces 79 souches, 37 se sont révélées pathogènes pour la souris et quatre pour le porc.
Le rôle du sol en tant que réservoir est encore controversé mais, il semble que la bactérie ne puisse pas s’y multiplier. Erysipelothrix rhusiopathiae fait preuve d’une résistance importante pour une bactérie non sporulée. Elle résiste plusieurs semaines dans l’eau et dans le sol (la survie, plus longue à pH basique et à basse température, n’excède cependant pas 35 jours), plusieurs années dans du fumier de porc, plusieurs mois dans des matières organiques en putréfaction, 9 mois dans les cadavres, 6 mois dans les salaisons. Elle est cependant sensible à tous les désinfectants usuels et détruite par un chauffage de 15 minutes à 55 °C.
Certaines souches de Erysipelothrix rhusiopathiae sont pathogènes pour les mammifères (notamment les porcs et les ovins mais aussi les caprins, les bovins, les équins, les chiens, les visons, les cervidés, les rongeurs, les kangourous, les baleines, les dauphins...) et les oiseaux. Les principales voies de contamination sont les voies digestive ou cutanée à la faveur de plaies ou de lésions minimes. Les farines de poisson ont été mises en cause comme source de contamination des porcs et des oiseaux. L’infection peut également être transmise par des insectes piqueurs et par des tiques.
Chez le porc, Erysipelothrix rhusiopathiae est responsable d’une maladie contagieuse connue sous le nom de rouget du porc. Les sérovars 1, 2, 4, 5, 6, 9, 11, 13, 15, 16, 18, 19 et 21 sont susceptibles d’entraîner une maladie chez le porc, mais ce sont les sérovars 1 et 2 qui sont responsables des infections les plus fréquentes et les plus sévères. Le sérovar 1 et particulièrement le sérovar 1a est plus volontiers isolé de septicémies alors que le sérovar 2 domine dans les infections subaiguës et chroniques. Le porc est souvent un porteur de germes et l’expression clinique de l’infection nécessite des facteurs favorisant : lésions podales, plaies cutanées, traumatismes opératoires, vaccination, transport, maladies intercurrentes, variations climatiques, changement alimentaire brusque...
. Les formes suraiguës ou septicémiques se caractérisent par une fièvre, un état de tuphos et la mort intervient en 24-48 heures sans éruption cutanée (rouget blanc).
. La forme aiguë réalise un syndrome infectieux grave avec hyperthermie à 41 - 42 °C, prostration et éruption localisée aux oreilles, au ventre, aux flancs et d’une manière générale à toutes les zones à peau fine. Ces lésions cutanées sont non saillantes, arrondies ou quadrangulaires, de couleur rouge violacée et pouvant atteindre un diamètre de 20 à 30 cm. Dans 90 p. cent des cas, la mort intervient en 48-72 heures.
. La forme subaiguë associe une forte fièvre, un état de prostration modéré et une éruption limitée au dos, aux lombes et au thorax. Les lésions cutanées sont saillantes, rougeâtres ou violacées et de forme arrondie (3 à 10 cm de diamètre). La guérison est possible en 1 à 2 semaines et les plaques disparaissent progressivement.
. Les formes chroniques se traduisent par des arthrites ou polyarthrites ou par des endocardites conduisant à un essoufflement et parfois à des morts brutales.
. D’autres formes sont possibles comme des avortements ou des méningites.
Chez les ovins, le rouget se traduit principalement par des arthrites et polyarthrites observées chez les agneaux et évoluant souvent vers une ankylose. Les septicémies, les endocardites, les infections cutanées ou les avortements sont possibles mais rares. Un cas de pneumonie a également été décrit chez une brebis. La maladie succède volontiers à une castration, à une caudectomie ou à la tonte.
L’infection des volailles conduit à une septicémie entraînant la mort en 24 à 48 heures et provoquant un taux de mortalité de 20 à 50 p. cent. Les principales espèces affectées sont les dindons, les poulets, les oies et les canetons, mais de nombreuses autres espèces peuvent occasionnellement être victime du rouget (faisans, cailles, perdrix, pintades, martinets, oiseaux de proie, ratites...). En Australie, le sérovar 21 est responsable d’épidémies dans les élevages d’émeus. Les animaux atteints sont cyanosés, ils présentent une diarrhée ainsi que des lésions hémorragiques des muscles du bréchet et des cuisses. Des baisses du taux d'éclosion des œufs, accompagnées d’une forte mortalité au démarrage des poussins sont également notées.
Chez les autres espèces animales, le rouget provoque des endocardites, des arthrites, des septicémies et chez les mammifères marins des abcès sous-cutanés.
L’homme se contamine essentiellement par une inoculation accidentelle résultant d’une autopsie, de la manipulation de carcasses, de la manipulation d’abats, de la manipulation d’os, de la manipulation de peau, de la manipulation de poissons ou de la manipulation de crustacés. Le rouget humain est donc principalement une zoonose professionnelle.
Certaines enquêtes révèlent que 34 à 50 p. cent des viandes de porc, 60 p. cent des morues et 30 p. cent des harengs commercialisés sur des points de vente au détail hébergent Erysipelothrix rhusiopathiae.
Une contamination par voie digestive semble exceptionnelle mais elle a été évoquée dans le cas d’un malade n’ayant aucun contact avec des animaux et ayant présenté une septicémie après une opération chirurgicale. Le malade se serait contaminé après ingestion de fruits de mer et serait resté porteur sain jusqu’à son hospitalisation. Un cas de contamination après morsure de chien a également été décrit.
Trois formes cliniques principales sont observées :
. Dans la forme cutanée, appelée érysipéloïde de Baker-Rosenbach, l’incubation dure 18 heures à 10 jours puis il se forme une macule érythémateuse et très prurigineuse au point d’inoculation. En quelques heures cette macule prend une coloration lie de vin et elle s’étend progressivement. La douleur est souvent forte mais l’état général est bon (légère fièvre, parfois arthralgies) et les lymphangites ou les adénites sont rares. L’évolution est généralement favorable et l’érysipéloïde guérit en 2 à 3 semaines sans suppuration.
. L’érysipéloïde cutanée diffus est rare et s’observe plus volontiers chez les sujets aux défenses immunitaires diminuées.
. Les septicémies et les endocardites sont également rares mais non exceptionnelles (en 1993, Schuster et al. faisaient déjà état de 50 cas décrits dans la littérature scientifique). Les sujets atteints ne développent pas obligatoirement un érysipéloïde et une cardiopathie préexistante est observée chez 40 p. cent des patients développant une endocardite. Le taux de mortalité des endocardites (38 p. cent) est deux fois plus élevé que celui des autres endocardites bactériennes.
D'autres formes cliniques ont été décrites : arthrites septiques (dont une consécutive à une arthroscopie), un cas de péritonite chez un individu dyalisé, un cas de fasciite chez une femme diabétique, un cas d'abcès crânien...
Diagnostic
Erysipelothrix rhusiopathiae est placée dans le groupe des espèces présentant un risque de niveau 2 et la manipulation de prélèvements contaminés ou de cultures devra s'effectuer avec précautions (port de gants, manipulation sous postes de sécurité microbiologiques...).
Chez l’animal mort, les prélèvements sont constitués par les tissus lésés, le foie, les reins et la rate. Chez l’animal vivant, on prélèvera du sang en cas de septicémie ou du liquide synovial en cas d’arthrite.
Chez l’homme, le prélèvement est généralement constitué par du liquide de phlyctènes (si elles existent), par une biopsie de peau intéressant toute l’épaisseur du derme ou par du sang.
L’isolement peut se réaliser sur gélose trypticase-soja au sang de mouton, sur gélose Columbia ou sur gélose cœur-cervelle enrichies au sang de cheval. Les boîtes sont incubées à 37 °C dans une atmosphère enrichie en 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. En 24 heures, on observe des colonies punctiformes qui après 2 jours d’incubation s’entourent d’une zone de décoloration verdâtre.
Des milieux sélectifs, principalement utilisés en médecine vétérinaire, sont disponibles. Lors d’endocardite chez le chien, le germe est facilement isolé du sang et le recours à des milieux sélectifs est inutile.
L’identification est basée sur les caractères morphologiques, sur l’immobilité, sur l’absence de catalase, sur l’absence d’hémolyse bêta, sur la présence d’une coagulase (produite par 99 p. cent des souches), sur la production d’hydrogène sulfuré et sur l’absence de pouvoir indologène.
Plus récemment, des technique de PCR ont été mises au point et elles semblent rapides, sensibles et spécifiques.
Sensibilité aux antibiotiques
Les espèces du genre Erysipelothrix sont sensibles aux pénicillines et notamment à la pénicilline G qui constitue l’antibiotique de choix pour un traitement, aux céphalosporines, à la ciprofloxacine, à l’érythromycine, à la clindamycine et à la tiamuline.
La sensibilité est variable vis-à-vis du chloramphénicol et des tétracyclines.
Une résistance est généralement observée pour les aminosides, les polymyxines, l’acide nalidixique, la fluméquine, la novobiocine, la vancomycine et les sulfamides et leurs associations.
Chez l'homme allergique aux bêta-lactamines, la ciprofloxacine constitue une bonne alternative au traitement par la pénicilline.
Prophylaxie
La prophylaxie médicale des infections du porc à Erysipelothrix rhusiopathiae repose sur l’utilisation de sérums ou de vaccins.
Lors d’une épidémie, l’utilisation de sérum, produit généralement sur chevaux, peut être très utile pour protéger temporairement (environ 2 semaines) les porcelets jusqu’à ce qu’ils puissent être vaccinés. Le sérum est également utilisé dans le traitement même si son utilisation est souvent délaissée au profit d’une antibiothérapie.
Deux types de vaccin peuvent être utilisés :
. Les vaccins inactivés constitués de souches du sérovar 2, tuées par le formol et adsorbées sur hydroxyde d’alumine sont largement utilisés. La protection est obtenue vis-à-vis des principaux sérovars pathogènes pour le porc à l’exception des sérovars 11 et 13.
. Les vaccins vivants font appel à des souches atténuées soit par passage sur lapins ou sur œufs de poules soit par culture en présence d’acridine ou de 0,15 p. cent d’acriflavine. Ces vaccins, préparés à partir de souches du sérovar 1 ou 2, sont dépourvus de pouvoir pathogène pour le porc mais conservent une virulence pour la souris.
Dans les régions contaminées la vaccination concerne les truies et les animaux après sevrage (exempts d’anticorps d’origine maternelle) afin d’éviter la création d’une population porteuse de germes et susceptible d’extérioriser l’infection après un stress.
AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.
|