J.P. Euzéby : Abrégé de Bactériologie Générale et Médicale à l'usage des étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
 

Bactériologie Générale
Bactériologie Médicale

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BIBERSTEINIA

 

 

Systématique

 

Au sein de l'espèce Pasteurella haemolytica il était classique de distinguer deux biovars : le biovar A pour les souches fermentant l'arabinose mais pas le tréhalose et le biovar T pour les souches fermentant le tréhalose mais pas l'arabinose.
En 1985, Sneath et Stevens montrent que les souches de Pasteurella haemolytica appartenant aux biovars A et T sont distinctes et ils suggèrent qu'elles puissent appartenir à deux espèces, voire à deux genres différents.

En 1990, les souches du biovar T ont été renommées Pasteurella trehalosi. Toutefois, les souches du biovar T présentent moins de 35 p. cent d'homologie ADN-ADN avec les espèces du genre Pasteurella sensu stricto. Des études d'hybridation ARNr-ADN ainsi que la détermination de la séquence des ARNr 16S confirment que le biovar T doit être exclu du genre Pasteurella sensu stricto. Aussi, en avril 2007, Blackall et al. transfèrent Pasteurella trehalosi dans le nouveau genre Bibersteinia sous la forme d'une nouvelle combinaison, Bibersteinia trehalosi.

 

Principaux caractères bactériologiques et diagnostic bactériologique

 

Le genre Bibersteinia présente les caractères de la famille des ¤ Pasteurellaceae telle qu'elle est définie par Olsen et al. 2005.

Le genre Bibersteinia et l'espèce Bibersteinia trehalosi regroupent des bacilles à Gram négatif, souvent polymorphes, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou groupés en courtes chaînes, immobiles (à 22 et à 37 °C), non sporulés, aéro-anaérobies ou micro-aérophiles, à métabolisme fermentatif, acidifiant les sucres sans production de gaz, nitrate réductase positive, donnant une réponse variable aux tests catalase et oxydase, n'exigeant ni le facteur V ni le facteur X, produisant une phosphatase alcaline, donnant une réponse négative aux tests bêta-galactosidase, lysine décarboxylase, ornithine décarboxylase, arginine di-hydrolase, phénylalanine désaminase, production d'indole, uréase, gélatinase, production d'acétoïne,  citrate de Simmons et production d'hydrogène sulfuré.

Sur gélose au sang de bovin, incubée 24 heures à 37 °C et en aérobiose, les colonies sont circulaires, à contour régulier, grisâtres ou jaunâtres, légèrement transparentes en périphérie et leur diamètre est d'environ 2 mm. Environ 50 p. cent des souches sont bêta-hémolytiques et donnent une réponse positive au test de CAMP (utilisation d'une gélose au sang de bovins). Quelques souches donnent des colonies entourées d'une zone verdâtre.
La croissance sur une gélose de MacConkey est variable selon les souches

 

Habitat, pouvoir pathogène et facteurs de pathogénicité

 

Les souches de Bibersteinia trehalosi sont isolées des ruminants, principalement des ovins, mais aussi des bovidés, des caprins et des cervidés sauvages (chevreuils).

Chez les  moutons sains, Bibersteinia trehalosi colonise les amygdales, mais cette espèce est aussi responsable d'infections systémiques graves chez les jeunes ovins adultes (âgés de 5 à 12 mois) et, parfois, de pneumonies.
Sous l’influence un stress tel qu'un transport, un changement de régime alimentaire (passage d'une alimentation pauvre à une alimentation plus riche), le froid ou l'humidité, le germe se multiplie et envahit les tissus adjacents des voies digestives (pharynx, œsophage, abomasum). Quelques bactéries pénètrent dans le sang et se localisent dans les poumons, le foie et la rate. Dans ces localisations secondaires, Bibersteinia trehalosi se multiplie rapidement et provoque la mort par choc endotoxinique en 6 à 8 heures.
Les infections à Bibersteinia trehalosi sont plus rares que les mannheimioses à ¤ Mannheimia haemolytica.
Compte tenu de l'évolution très rapide, les signes cliniques sont rarement observés. Ils débutent par un abattement, une anorexie, une répugnance au déplacement et de la fièvre. Ultérieurement, les animaux se couchent, ils présentent une prostration intense, une dyspnée et un liquide mousseux s'écoule de la bouche.
La maladie est parfois appelée la "pasteurellose"septicémique (septicaemic "pasteurellosis") mais il s'agit plus d'une maladie systémique que d'une véritable septicémie. En effet, les bactéries sont isolées en grand nombre des poumons, des amygdales, de la rate, des lésions œsophagiennes et hépatiques alors qu'elles sont présentes en nombre plus faible dans le sang.
À l'autopsie, on note un écoulement nasal mousseux et teinté de sang, de petites hémorragies sous-cutanées ou musculaires, des hémorragies importantes de la plèvre, du péricarde, de l’endocarde et du péritoine, une congestion de la trachée et des bronches qui contiennent un liquide mousseux et hémorragique, une congestion pulmonaire, la présence de suffusions de 0,5 à 1 cm de diamètre sur le foie et les poumons, un exsudat sanguinolent dans la plèvre et le péritoine, la présence de taches hépatiques grisâtres évoquant une nécrose et une hypertrophie et un œdème des nœuds lymphatiques. Si l'évolution de la maladie est plus longue, il est possible d'observer des ulcères buccaux ainsi que des hémorragies et des ulcérations superficielles de la muqueuse pharyngée, de l'œsophage et de l’abomasum.

Le pouvoir pathogène pour les autres ruminants est moins bien connu.
Chez les bovins, Bibersteinia trehalosi est principalement isolée de l'appareil respiratoire et cette espèce semble se comporter comme une bactérie pathogène opportuniste. Cette espèce peut également être isolée de l'intestin, une souche bovine a pour origine un granulome et une souche a été isolée d'une articulation.
Chez les bisons, Bibersteinia trehalosi est l'espèce de la famille des Pasteurellaceae la plus fréquemment isolée.
Les trois souches isolées de chevreuils et incluses dans l'étude de Blackall et al. proviennent du poumon, du cerveau et une souche a une origine inconnue. Il en va de même pour l'unique souche d'origine caprine étudiée par Blackall et al.

Les facteurs de pathogénicité sont mal connus et ils sont considérés comme identiques à ceux de ¤ Mannheimia haemolytica.
Les souches de Bibersteinia trehalosi (notamment les souches donnant un test de CAMP positif) peuvent synthétiser une leucotoxine dont les activités biologiques sont comparables à celles de la leucotoxine de ¤ Mannheimia haemolytica. Sur le plan antigénique, ces 2 leucotoxines sont différentes car, un anticorps monoclonal dirigé contre la leucotoxine de ¤ Mannheimia haemolytica, ne neutralise pas celle de Bibersteinia trehalosi.

 

Diagnostic bactériologique

 

La culture est effectuée sur des milieux riches comme une gélose Columbia ou une gélose tryptose enrichies de 5 p. cent de sang de bovin ou de mouton ou de 10 p. cent de sérum de cheval. L'incubation est effectuée sous atmosphère normale. Après 48 heures d'incubation, les colonies sont grisâtres ou jaunâtres, légèrement transparentes, leur diamètre est d'environ 2,5 mm et elles sont souvent entourées d'une zone d'hémolyse bêta.
Le diagnostic sera orienté par l'origine des prélèvements, les caractères morphologiques, le type respiratoire, la réduction des nitrates et l'acidification du glucose. Le diagnostic sera ensuite assuré par la recherche des autres caractères biochimiques.

L'utilisation de kits de diagnostic n'est pas bien adaptée au diagnostic de Bibersteinia trehalosi car cette espèce n'est pas toujours répertoriée dans les bases de données des fabricants et les milieux utilisés ne permettent pas toujours la croissance des bactéries. C'est notamment le cas du système API 20 NE dont le milieu utilisé pour les tests d'assimilation n'assure pas la croissance de la majorité des souches appartenant à la famille des Pasteurellaceae. Dans ces conditions, seuls quelques caractères peuvent être étudiés et l'identification peut être erronée. 

 

Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie

 

La très grande majorité des souches est sensible à l'oxytétracycline, environ 50 p. cent d'entre elles résistent à l'ampicilline et à l'association sulfamide-triméthoprime et quelques-unes unes résistent à la streptomycine. Dans la pratique, l'utilisation d'antibiotiques a peu d'intérêt, du moins chez les ovins, compte tenu de la rapidité d'évolution de l'infection.
Les vaccins tués sont dénués d'efficacité mais les vaccins sous-unités seraient prometteurs.  

 

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