J.P. Euzéby : Abrégé de Bactériologie Générale et Médicale à l'usage des étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
 

Bactériologie Générale
Bactériologie Médicale

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ACTINOMYCES

 

 

Fiche récapitulative

 

Systématique et importance

 

Le genre Actinomyces est le genre type de la famille des Actinomycetaceae (sous-ordre des Actinomycineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des Actinobacteridae, classe des Actinobacteria, division ou phylum des "Actinobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").

Le genre Actinomyces comprend de nombreuses espèces (voir Actinomyces in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature). L'espèce la plus importante en médecine vétérinaire est Actinomyces bovis responsable principalement de l'actinomycose cervico-faciale des bovins. Actinomyces hyovaginalis est l'agent d'infections chez le porc. Plusieurs espèces, dont les principales sont Actinomyces bowdenii, Actinomyces canis et Actinomyces hordeovulneris sont à l'origine d'actinomycoses chez les carnivores.
D'autres espèces ont été impliquées dans les infections des animaux, notamment Actinomyces gerencseriae, Actinomyces israelii et Actinomyces viscosus.

Actinomyces pyogenes et Actinomyces suis sont actuellement reclassés dans les genres Arcanobacterium (Arcanobacterium pyogenes) et Actinobaculum (Actinobaculum suis).

 

Principaux caractères bactériologiques

 

La morphologie des Actinomyces spp. est extrêmement variable. Cette variabilité est fonction non seulement de l’espèce mais encore de la souche et des conditions de culture.
Chez certaines espèces, les formes filamenteuses dominent. Les filaments ont un diamètre inférieur à 1 mm et une longueur de 10 à 50 mm. Ils sont droits ou flexueux, de forme régulière ou irrégulière (présence de dilatations, extrémités renflées) et ils présentent des ramifications en nombre variable.
D’autres espèces se présentent sous la forme de petits bacilles de 1,0 à 5,0 mm de longueur, avec parfois des extrémités renflées, se présentant de manière isolée ou en paires avec un arrangement rappelant celui des espèces du genre Corynebacterium ou en courtes chaînes ou en palissades ou en petits amas.

Ce sont des bactéries à Gram positif (prenant éventuellement la coloration de manière irrégulière), non acido-résistantes (à la différence des Nocardia spp.), immobiles, non sporulés.

Le type respiratoire peut être qualifié de aéro-anaérobie, mais la tolérance à l’oxygène est variable (la majorité des souches ne peut être isolée qu’en anaérobiose) et pratiquement toutes les espèces sont capnophiles. Aussi, l’isolement doit être pratiqué en incubant les cultures dans une atmosphère appauvrie en oxygène et enrichie en dioxyde de carbone. La présence d’une catalase, d’une oxydase et d’une nitrate réductase est variable selon les espèces. Les Actinomyces sont chimio-organotrophes, à métabolisme fermentatif.

La culture nécessite des milieux complexes : milieux cœur-cervelle, gélose trypticase soja au sang ou enrichie en sérum, voire même en sérum de veau fœtal pour Actinomyces hordeovulneris. L’optimum thermique est généralement compris entre 35 et 37° C et après 7 à 14 jours d’incubation dans une atmosphère anaérobie enrichie en dioxyde de carbone les colonies ont une taille de 0,5 à 5 mm de diamètre. Leur aspect est très variable : elles sont soit rugueuses, sèches et friables soit lisses. Leur coloration est généralement blanche ou grisâtre ou blanc crème.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L’habitat des diverses espèces n’est pas toujours connu avec certitude. Il semble, cependant que les souches du genre Actinomyces soient associées aux muqueuses et tout particulièrement aux muqueuses orales ou génitales de l’homme et des animaux endothermes. Actinomyces hordeovulneris pourrait avoir pour habitat le milieu extérieur.

Lorsqu’il existe, le pouvoir pathogène est lié à la virulence et les infections non transmissibles, sauf par morsures, ont une origine endogène. Notamment, toutes blessures ou érosions des muqueuses buccales peuvent être à l’origine d’actinomycoses.
Typiquement, les actinomycoses sont des infections granulomateuses subaiguës ou chroniques évoluant vers la formation d’abcès et vers la suppuration. Initialement, la maladie se présente comme une infiltration mal délimitée qui se ramollit et se fistulise en laissant sourdre un pus présentant de petites granulations.
Ces grains, dont la présence n’est pas toujours constante, sont de couleur jaune ou blanche et d’un diamètre généralement inférieur à 1 mm (parfois ils ne sont observés qu’après un examen au microscope au grossissement 50). Ils constituent en fait de véritables micro-colonies, formées in vivo, entourées de matériel tissulaire, de cellules mononucléées, de granulocytes neutrophiles, de protéines et de polysaccharides et ils se caractérisent par une forte concentration en sels minéraux au sein desquels domine le calcium.
Ultérieurement, les lésions évoluent vers la formation de pseudo-tumeurs caractérisées par une absence de vascularisation, une extension aux organes voisins et une réaction de sclérose. La sclérose a plusieurs conséquences importantes : elle favorise la survie des bactéries en diminuant les apports d’oxygène et elle conduit à la formation d’abcès cloisonnés inhibant la pénétration des antibiotiques. Au sein de ces lésions, les Actinomyces spp. sont pratiquement toujours associés à d’autres bactéries qui jouent certainement un rôle important dans l’expression du pouvoir pathogène.

Chez les bovins, la forme la plus classique est une forme cervico-faciale ("lumpy jaw" ou mâchoire bosselée) qui, implique l’os maxillaire ou mandibulaire. L’infection est due à Actinomyces bovis et beaucoup plus rarement à Actinomyces gerencseriae ou Actinomyces israelii et elle résulte d’une blessure buccale (rôle des fourrages vulnérants, présence de corps étrangers dans l’alimentation). L'infection provoque une ostéite chronique raréfiante. L'os normal peut être remplacé par du tissu osseux poreux, à surface irrégulière et contenant du pus. Les lésions sont d’abord discrètes puis en quelques semaines ou quelques mois on assiste au développement d’une tuméfaction dure, non mobilisable, parfois douloureuse. La lésion se fistulise et laisse écouler un pus qui typiquement est granuleux. L'infection peut conduire à une chute des dents ou à des fractures de la mâchoire. Dans les cas graves, l’infection s’étend aux tissus mous environnant. Des localisations secondaires peuvent siéger sur l’œsophage et le réseau et une dissémination par voie hématogène (très rare) peut conduire à la formation d’abcès du cerveau, d’abcès pulmonaires, d’orchites, etc.

Les infections du porc sont provoquées par Actinomyces gerencseriae, Actinomyces hyovaginalis, Actinomyces israelii et Actinomyces viscosus.
Actinomyces hyovaginalis est responsable d'infections vaginales et d'avortements.
Les autres espèces provoquent des infections pulmonaires, des ostéomyélites et, surtout, des infections mammaires caractérisées par la présence de lésions granuleuses très extensives.

Chez le chien, Actinomyces hordeovulneris est souvent associé à des plaies infligées par des épillets de Hordeum spp. qui pénètrent facilement la peau et les muqueuses. Les localisations les plus fréquentes sont les localisations cervico-faciales (infections des tissus mou de la cavité buccale et du cou), thoraciques (pleurésie, pyothorax, empyème), abdominales (péritonites, atteintes de divers viscères), articulaires, osseuses (os longs des membres, atteintes des corps vertébraux) et cutanées (abcès consécutifs à la contamination de plaies).
Actinomyces bowdenii a été isolé chez le chien d'un abcès de la mandibule, d'un abcès sous-mandibulaire et d'un pyogranulome sous-cutané formé autour d'un corps étranger. Une souche a également été isolée d'un prélèvement de liquide pleural effectué chez un chat.
Les souches de Actinomyces canis sont isolées du chien : vagin d'une chienne atteinte d'infertilité, pus d'un animal souffrant d'une pleurésie pyogranulomateuse, abcès sous-cutané formé autour d'un épillet.

Des cas d’actinomycoses, avec des localisations variables ont été décrites chez le cheval, et les petits ruminants.

 

Diagnostic bactériologique

 

Les prélèvements constitués d’exsudat ou de pus (prélevé si possible avant fistulisation) ou de pièces chirurgicales doivent être placés dans un milieu de transport pour anaérobies et parvenir au laboratoire le plus rapidement possible. Le bactériologiste doit être informé d’une suspicion d’actinomycose afin de mettre en œuvre les techniques les plus appropriées.

L’examen à l’état frais ou après coloration est un temps primordial. L’écrasement des grains (parfois visibles uniquement au microscopique) permet de mettre en évidence des bactéries à Gram positif, souvent filamenteuses et ramifiées, non acido-résistantes (décoloration à l’acide sulfurique à 1 p. cent). Cette dernière caractéristique permet d’orienter le diagnostic vers un Actinomyces spp. plutôt que vers une Nocardia spp.

L’ensemencement est réalisé en parallèle sur des milieux enrichis coulés en boîtes de Pétri et dans des géloses profondes enrichies en sérum.
Compte tenu de la faible vitesse de croissance des Actinomyces spp. et de la présence quasi constante de contaminants il est légitime d’avoir recours à des milieux sélectifs dont l’utilisation ne dispense pas d’une recherche sur milieux non sélectifs.

L’incubation est réalisée à 35-37° C, dans une atmosphère anaérobie et en parallèle dans une atmosphère enrichie en dioxyde de carbone. Les boîtes sont observées au 2ème, 4ème, 7ème et 14ème jour de culture. Le diagnostic de genre repose sur l’aspect des colonies, sur les caractères morphologiques des bactéries et sur leur caractères tinctoriaux. Le diagnostic d'espèce est très difficile à réaliser et il n'est pas effectué en routine.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

D’une manière générale, les souches de Actinomyces sont sensibles ou modérément sensibles à de nombreux antibiotiques sans différence notable entre les espèces. La détermination in vitro de la sensibilité aux antibiotiques pose des problèmes techniques et pour les mêmes souches, les résultats sont variables d’un laboratoire à un autre.

Les Actinomyces sont résistants aux aminosides et aux imidazolés, mais ils sont sensibles à l’ensemble des bêta-lactamines, aux tétracyclines, au chloramphénicol, aux macrolides, aux lincosamides, à la rifamycine, à l’acide fusidique et à la vancomycine.

Malgré cette sensibilité, le traitement est toujours long (au moins 6 semaines), difficile et expose souvent à des rechutes. Plusieurs phénomènes sont à l’origine de cette situation :
Les antibiotiques pénètrent difficilement dans les abcès cloisonnés et à l’intérieur des granules calcifiés.
Au sein des granules, certaines espèces et notamment Actinomyces hordeovulneris sont parfois sous forme L et deviennent insensibles aux bêta-lactamines.
Le traitement doit s’adresser non seulement aux Actinomyces mais encore à la flore associée. Aussi, pour le traitement, il est parfois plus important d’identifier la flore associée que de faire l’identification précise de la souche de Actinomyces car la résistance des bactéries contaminantes est souvent à l’origine de l’échec des traitements.
Pour ces différentes raisons, l’ampicilline donne des résultats supérieurs à la pénicilline.

Chez les bovins, le traitement des infections cervico-faciales fait souvent appel aux dérivés de l'iode administrés par voir orale ou intraveineuse.

Chez le chien, un traitement chirurgical est souvent associé à une antibiothérapie.

 

 

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