J.P. Euzéby : Abrégé de Bactériologie Générale et Médicale à l'usage des étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse
 

Bactériologie Générale
Bactériologie Médicale

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ACTINOBACILLUS

 

 

Fiche récapitulative

 

Systématique et importance

 

Le genre Actinobacillus appartient à la famille des Pasteurellaceae (classe des Gammaproteobacteria, division ou phylum des "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").

De nombreuses espèces ont été incluses dans le genre Actinobacillus (voir Actinobacillus in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature). Toutefois, la liste des espèces appartenant au genre Actinobacillus n'est pas fixée de manière absolue et elle peut varier selon les auteurs.
Selon Olsen et al., le genre Actinobacillus sensu stricto doit être restreint aux espèces Actinobacillus arthritidis, Actinobacillus equuli, Actinobacillus hominis, Actinobacillus lignieresii, Actinobacillus pleuropneumoniae, Actinobacillus suis et Actinobacillus ureae ainsi qu'à trois autres espèces encore innomées : (i) Actinobacillus genomospecies 1 (proche de Actinobacillus lignieresii) ; (ii) Actinobacillus genomospecies 2 (apparenté à Actinobacillus arthritidis) et (iii) le taxon 8 de Bisgaard (isolé de la flore pharyngée de cobayes adultes sains ; une souche du taxon 8 a également été isolée du foie et de la rate d'un cobaye).

Les espèces les plus importantes en médecine vétérinaire sont Actinobacillus arthritidis, Actinobacillus equuli, Actinobacillus lignieresii, Actinobacillus pleuropneumoniae et Actinobacillus suis qui sont des bactéries pathogènes opportunistes pour les ruminants et/ou les chevaux et/ou les porcs.
Avant 1983, Actinobacillus pleuropneumoniae était désigné sous la nomenclature de Haemophilus pleuropneumoniae.

 

Principaux caractères bactériologiques

 

Les espèces du genre Actinobacillus sensu stricto sont des bactéries à Gram négatif, se colorant souvent de manière hétérogène, immobiles, non sporulées, souvent capsulées, aéro-anaérobies facultatives, chimio-organotrophes, à métabolisme respiratoire et fermentatif, fermentant le glucose sans production de gaz.
La plupart des cellules sont des bacilles dont la longueur moyenne est comprise entre 0,4 sur 1,0 µm, mais des formes plus longues, pouvant atteindre 6 µm de longueur, sont parfois observées. Des formes ovoïdes ou sphériques sont également présentes et l'aspect des cultures à l'examen microscopique évoque l'alphabet Morse.

La température optimale de croissance est de 37 °C et aucune culture n'est obtenue à 4, 10 ou 45 °C. Actinobacillus pleuropneumoniae est une espèce exigeante en NAD.
À l'isolement, les colonies ont tendance à adhérer à la gélose, mais ce caractère peut être perdu lors des repiquages. L'adhésion est particulièrement nette pour les souches de Actinobacillus equuli et, dans une moindre mesure, pour les souches de Actinobacillus suis. En bouillon, et notamment dans les bouillons glucosés, les souches les plus adhérentes donnent des cultures visqueuses.
À l'exception des cultures de Actinobacillus suis qui produisent un pigment jaune crème (observé après centrifugation d'un bouillon et mise en suspension du culot dans de l'eau physiologique), les cultures des Actinobacillus sp. sont non pigmentées.
Sur gélose au sang, les colonies sont semi-translucides ou grisâtres et leur diamètre atteint 1 à 2 mm après 24 heures d'incubation (à l'exception des souches de Actinobacillus pleuropneumoniae).

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Tous les Actinobacillus spp. sont des germes parasites ou commensaux dont la survie dans le milieu extérieur est limitée à quelques jours (par exemple, cinq jours dans la paille pour Actinobacillus lignieresii). Ce sont des bactéries pathogènes opportunistes.

 

Actinobacillus arthritidis et Actinobacillus genomospecies 2

Actinobacillus arthritidis et Actinobacillus genomospecies 2 (proche de Actinobacillus arthritidis) sont des commensaux de la cavité buccale des chevaux. Le pouvoir pathogène de ces bactéries n'est pas facile à apprécier car le diagnostic est difficile et il existe des risques de confusion avec d'autres représentants de la famille des Pasteurellaceae.

Actinobacillus arthritidis a été isolé d'arthrites, de septicémies chez les adultes et surtout de septicémies (shigellose ; Cf. infra) chez les poulains.
Le pouvoir pathogène de Actinobacillus arthritidis et de Actinobacillus genomospecies 2 pourrait être comparable à celui de Actinobacillus equuli et il n'est pas exclu que certains souches étiquetées Actinobacillus equuli soient en fait des souches de Actinobacillus arthritidis ou de Actinobacillus genomospecies 2.

 

Actinobacillus equuli

Actinobacillus equuli est divisé en deux sous-espèces, Actinobacillus equuli subsp. equuli et Actinobacillus equuli subsp. haemolyticus.
Actinobacillus equuli est un commensal des voies respiratoires, du pharynx et du tube digestif des chevaux. Son pouvoir pathogène n'est pas facile à apprécier car le diagnostic est difficile et il existe des risques de confusion entre les deux sous-espèces et des risques de confusion avec d'autres représentants de la famille des Pasteurellaceae.

Actinobacillus equuli subsp. equuli est pathogène pour le cheval et le porc et, notamment, pour les jeunes animaux.
Chez le poulain, l'infection est connue sous le nom d’actinobacillose ou de shigellose car Actinobacillus equuli était autrefois appelé "Shigella equuli". Chez les adultes, l'infection peut conduire à des péritonites, à des troubles respiratoires, à des avortements, à des péricardites...
Chez les porcs âgés de moins de sept jours, Actinobacillus equuli subsp. equuli est responsable de septicémies et, chez les animaux plus âgés, cette sous-espèce provoque des avortements, des arthrites, des endocardites, des néphrites, des métrites et des septicémies.

Actinobacillus equuli subsp. haemolyticus n'a été isolé que chez les équidés et cette bactérie est responsable d'infections diverses chez les poulains et les adultes : septicémies ou shigelloses, arthrites, endocardites, méningites, avortements sporadiques, métrites, mammites, troubles respiratoires (laryngites, pneumonies), abcès (notamment sous maxillaires), surinfections de plaies.

La shigellose du poulain qui résulte d'une infection par les deux sous-espèces de Actinobacillus equuli (mais aussi d'une infection par Actinobacillus arthritidis) représenterait entre 5 et 20 p. cent des causes de mortalité dans les premiers jours de la vie.
Chez les poulains, la contamination semble se faire au moment du part et les cas d'infection sont plus fréquents chez les animaux n'ayant pas ou peu tété le colostrum. L’affection se traduit par une septicémie dont les signes cliniques apparaissent généralement dans les 24-48 premières heures suivant la naissance et qui conduit rapidement à la mort. Les animaux sont abattus (la maladie est parfois appelée maladie du sommeil ou maladie du poulain triste ou, en anglais, sleepy foal disease), couchés, anorexiques, la température rectale s’élève jusqu’à 41 °C et ils présentent de la diarrhée et des troubles respiratoires. Chez les poulains qui survivent à l’infection, on observe fréquemment des arthrites d'où le nom de "joint ill" donné aux formes chroniques. À l’autopsie, on note des pétéchies présentes sur de nombreux organes, des abcès de la taille d’une tête d’épingle dans la corticale des reins et un liquide synovial hémorragique ou présentant des flocons de fibrine.

La pathogénie des infections à Actinobacillus equuli est mal comprise. Comme pour de nombreuses espèces de bactéries à Gram négatif, le lipopolysaccharide pourrait jouer un rôle, mais son importance exacte reste à préciser. En fait, le seul facteur de pathogénicité identifié est la présence d'une toxine RTX, la toxine AqxA, produite par les souches de Actinobacillus equuli subsp. haemolyticus.

 

Actinobacillus lignieresii

Actinobacillus lignieresii est un commensal de la cavité buccale et du rumen des ruminants. Les souches isolées du cheval et qualifiées de Actinobacillus lignieresii sont des souches de Actinobacillus genomospecies 1 dont l'importance en médecine vétérinaire est faible.

Chez les ruminants, l'infection des tissus est consécutive à la pénétration du germe qui se réalise à la faveur de lésions, même minimes, de la bouche, de la langue, du rumen et de la peau. L'ingestion de végétaux vulnérants, le changement de dentition (accompagné de lésions gingivales), des lésions cutanées (éventuellement consécutives à des plaies chirurgicales), seraient les principaux facteurs incriminés. L'infection provoque une réaction inflammatoire et le développement de lésions granulomateuses, nécrosées et suppurées. L'atteinte des nœuds lymphatiques est habituelle et les germes peuvent être disséminés par voie lymphatique.
L'actinobacillose des ruminants a une répartition géographique mondiale, elle sévit généralement sous la forme de cas sporadiques mais la morbidité peut parfois concerner plus de 70 p. cent des animaux d'un troupeau. Les infections subcliniques, révélées uniquement par l'inspection sanitaire des carcasses, ne seraient pas rares.

L'actinobacillose linguale ou langue de bois (ou wooden tongue) est une forme fréquente chez les bovins, mais plus rare chez les ovins. Les premiers signes cliniques consistent en une salivation abondante, des mouvements de mâchonnement et une difficulté de préhension des aliments. La langue est indurée, hypertrophiée, dure, douloureuse et elle peut faire saillie hors de la cavité buccale. Sa surface est généralement parsemée de nodules saillants ou de petites ulcérations. Un œdème considérable envahit la région de l'auge (bottle jaw), la déglutition devient impossible, l'animal maigrit, prend un aspect cachectique et peut mourir d'inanition.

L'actinobacillose pharyngienne se traduit par des tumeurs plus ou moins volumineuses provoquant de la dysphagie et des difficultés respiratoires. Ces tumeurs vont se ramollir, s'ouvrir et laisser échapper du pus.

L'actinobacillose sous-cutanée se manifeste par la présence de tumeurs compactes et dures (abcès froids), indolores, de la taille d'une noisette en début d'évolution et siégeant dans le tissu sous-cutané de la région de l'auge, de la zone supérieure du cou, de la région parotidienne et plus rarement, de la pointe de l'épaule, de l'aine et du creux du flanc. Ces tumeurs adhèrent généralement à la peau, puis en quelques jours elles deviennent fluctuantes, envahissent les tissus sous-jacents, grossissent jusqu'à atteindre le volume d'un petit ballon de rugby et elles s'ouvrent en évacuant un pus visqueux.

L'atteinte des glandes salivaires est plus rare et concerne principalement la parotide qui est dure, saillante et douloureuse à la pression.

Les formes viscérales sont principalement des formes pulmonaires. Les lésions les plus petites ressemblent à des tubercules translucides, les autres forment des nodules saillants atteignant souvent la taille d'une noisette et, par confluence, le volume d'un poing.

L'atteinte des nœuds lymphatiques est commune et elle coexiste presque toujours avec les autres localisations ce qui explique une altération fréquente des nœuds lymphatiques de la région de la gorge. L'infection des nœuds lymphatiques peut également exister en dehors de toute autre localisation et elle concerne principalement les nœuds lymphatiques de la région du cou qui peuvent former de véritables petits abcès purulents disposés en chapelets.

Le pus présent dans les lésions d'actinobacillose est un pus blanc laiteux, inodore, visqueux, renfermant des grains parfois difficiles à observer. L'écrasement du pus entre lame et lamelle permet de mieux visualiser les grains qui apparaissent comme de petits grumeaux opaques, de couleur blanc-grisâtre ou d'un jaune très clair, d'aspect gélatineux ou muqueux. Les grains sont de taille variable mais ils sont généralement petits (longueur variant de 29 µm à plus de 360 µm, largeur comprise entre 26 et plus de 330 µm) et ils atteignent rarement la grosseur d'une tête d'épingle. L'examen microscopique révèle des éléments renflés en forme de massue et disposés en rosettes.

En dépit de son importance en médecine vétérinaire, les facteurs de pathogénicité de Actinobacillus lignieresii sont très mal connus. Ce germe ne synthétise pas de toxines RTX et le seul facteur de pathogénicité identifié est le LPS.

 

Actinobacillus pleuropneumoniae

Actinobacillus pleuropneumoniae est un parasite de l’appareil respiratoire du porc, les autres espèces animales n’ont pratiquement aucune importance épidémiologique et cette espèce n’a été isolée ni de l’homme ni des oiseaux ni des rongeurs.

Cette bactérie est l’agent de la pleuropneumonie porcine, maladie retrouvée dans tous les pays où l’élevage porcin est développé. Comme pour de nombreuses autres maladies, il semble que l’industrialisation de la production porcine a permis la diffusion et le développement d’une infection cliniquement exprimée alors qu’en élevage conventionnel l’infection n’avait pratiquement aucune répercussion clinique ou économique.

Le mode de transmission s’effectue généralement lors de contacts rapprochés ou par aérosols. La transmission par voie indirecte joue un rôle important lorsque la maladie évolue sur un mode aigu et que le germe est excrété massivement dans les sécrétions nasales.

La contamination d’un élevage résulte de l’introduction d’un porteur sain ou, éventuellement, d’une contamination par voie aérienne. Les facteurs prédisposants (changement de température, humidité, ventilation défectueuse, surpeuplement,...) ont une influence majeure sur le cours de la maladie. Les taux de morbidité et de létalité sont également influencés par le statut immunitaire des animaux et lorsque la bactérie est introduite dans un troupeau dépourvu de toute immunité, l’infection est extrêmement contagieuse. Inversement, dans les porcheries chroniquement infectées, la maladie est souvent non apparentes mais, à l’abattage, on note un taux élevé (15 à 45 p. cent) de lésions de pleurésie chronique.

La maladie touche tous les animaux et notamment les porcs à l’engrais âgés de plus de 12 semaines et les porcelets. Après une durée d’incubation variant de quelques heures à quelques jours, la maladie évolue sous 3 formes cliniques principales :
. La forme suraiguë sévit dans les cheptels nouvellement infectés. Elle débute par des signes généraux graves (hyperthermie de l’ordre de 41 à 42 °C, abattement, anorexie) et éventuellement par de la diarrhée et des vomissements de courte durée. Les animaux se couchent, la peau est cyanosée, on assiste à un choc circulatoire et en phase terminale on note une dyspnée sévère (parfois, l’animal cherche à compenser cette dyspnée en respirant par la bouche en position assise). La présence d’un jetage teinté de sang est fréquemment observée peu avant la mort qui survient en 24-36 heures. Des cas de mort subite, sans symptôme préalable, sont régulièrement observés notamment chez les porcs charcutiers. Le taux de mortalité compris entre 15 et 40 p. cent dépend de la virulence de la souche, de la densité de l’inoculum, des conditions d’élevage et du statut immunitaire des animaux.
. La forme aiguë présente une évolution moins rapide et peut déboucher sur une forme chronique. Les animaux ont une température rectale de 40,5 à 41 °C, ils sont abattus, anorexiques, et présentent un syndrome respiratoire grave avec dyspnée et toux. L’évolution clinique est très variable d’un animal à un autre et les porcs qui survivent demeurent porteurs et excréteurs de germes.
. La forme chronique est difficile à caractériser. On note des retards de croissance et une toux sporadique. La bactérie est présente dans des lésions pulmonaires nécrotiques et peut envahir les voies respiratoires antérieures et les amygdales.

La pathogénicité est très variable selon les souches et elle peut varier d’un facteur 100. De nombreux travaux ont été consacrés aux facteurs de pathogénicité qui apparaissent nombreux.

Les constituants capsulaires sont dépourvus de toxicité mais la capsule joue un rôle important car elle protège les bactéries de la phagocytose et elle n’active pas le système complémentaire. Les souches fortement capsulées se révèlent particulièrement pathogènes pour le porc alors que les souches possédant un matériel capsulaire peu abondant sont beaucoup moins pathogènes.

L’activité endotoxinique du LPS de Actinobacillus pleuropneumoniae est similaire à celle des autres bactéries à Gram négatif. De plus, le LPS joue un rôle dans les mécanismes d’adhésion. En dépit de la présence d’une capsule, le LPS est exposé à la surface de la bactérie notamment au niveau de résidus de membrane externe faisant saillie à travers la capsule et il peut donc interagir avec des récepteurs cellulaires. Cependant, l’adhésion au mucus est meilleure lorsque les souches possèdent une capsule peu épaisse.

Actinobacillus pleuropneumoniae produit une immunoglobuline A protéase spécifique des IgA du porc. Cette protéase pourrait intervenir dans la pathogénie et sa spécificité serait un des facteurs expliquant que cette bactérie ne soit naturellement pathogène que pour le porc.

Actinobacillus pleuropneumoniae peut produire des sidérophores. Toutefois, le principal mécanisme de captation du fer est lié à la synthèse de 2 protéines de membrane externe qui agissent en synergie pour capter le fer lié à la transferrine et pour permettre son transport au travers de la membrane externe.
Ces protéines sont spécifiques de la transferrine porcine ce qui expliquerait, en partie, la spécificité d’hôte de Actinobacillus pleuropneumoniae.

Actinobacillus pleuropneumoniae synthétise plusieurs toxines RTX .
. La toxine ApxI a initialement été décrite comme une puissante hémolysine puis il a été montré qu’elle était également douée de propriétés cytotoxiques pour les cellules endothéliales, les macrophages alvéolaires et les neutrophiles.
. La toxine ApxII a été initialement décrite comme un facteur faiblement hémolytique puis comme une cytotoxine pour les cellules endothéliales, les macrophages alvéolaires et les neutrophiles.
. La toxine ApxIII a initialement été dénommée cytolysine III ou pleurotoxine ou toxine macrophagique. Cette toxine, dépourvue d’activité hémolytique est fortement cytotoxique pour les cellules endothéliales, les macrophages broncho-alvéolaires et les neutrophiles.
. Les anticorps anti-toxines semblent importants pour l’immunité, mais ils ne peuvent conférer à eux seuls une protection totale.

 

Actinobacillus suis

Actinobacillus suis est une bactérie pathogène opportuniste pour le porc. Selon Bisgaard, les souches qualifiées de Actinobacillus suis et isolées chez des espèces animales autres que le porc n'appartiennent pas à cette espèce. Chez les porcs sains, Actinobacillus suis peut coloniser les amygdales et les voies respiratoires supérieures. Cette bactérie est responsable d'infections localisées (pneumonies, entérites, endocardites, arthrites, abcès sous-cutanés, mammites) ou de septicémies. Les infections sont plus fréquentes chez les sujets âgés de moins de trois mois mais des septicémies ont été observées chez des porcs adultes.
Chez les jeunes porcelets, les septicémies peuvent conduire à la mort en moins de 15 heures et les animaux présentent de la fièvre, des difficultés respiratoires, des troubles nerveux, une cyanose et des pétéchies. Chez les porcs plus âgés, les septicémies sont moins sévères et se traduisent par de la fièvre, une anorexie et une toux persistante.

Comme pour de nombreuses bactéries à Gram négatif, le LPS pourrait jouer un rôle dans la pathogénie, mais le seul facteur de pathogénicité identifié est la production de toxines appartenant au groupe des toxines RTX et proches des toxines ApxI et ApxII de Actinobacillus pleuropneumoniae.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'isolement se réalise le plus souvent sur des géloses au sang (par exemple gélose trypticase soja au sang de mouton) ou, pour les espèces exigeant du NAD (comme Actinobacillus pleuropneumoniae), sur des géloses chocolat ou des géloses enrichies en NAD. L'incubation dans une atmosphère contenant 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone favorise le développement de Actinobacillus equuli et n'est jamais défavorable à la croissance des autres espèces.
L'isolement au sein d'une flore complexe (prélèvement effectué sur les amygdales, dans la bouche, dans les cavités nasales, dans le rumen...) est délicat car la croissance des souches des Actinobacillus sp. peut être masquée par le développement d'autres bactéries. Des milieux sélectifs ont été proposés pour Actinobacillus lignieresii et Actinobacillus pleuropneumoniae.

L'identification repose sur les caractères morphologiques, sur l'absence de mobilité, sur la réduction des nitrates (caractère observé pour toutes les espèces du genre Actinobacillus sensu stricto), sur la présence d'une uréase (caractère observé pour toutes les espèces du genre Actinobacillus sensu stricto), sur l'absence de pouvoir indologène (caractère observé pour toutes les espèces du genre Actinobacillus sensu stricto) et sur l'absence de production de gaz lors de l'acidification du glucose (caractère observé pour toutes les espèces du genre Actinobacillus sensu stricto).
Les résultats obtenus à l'aide de galeries prêtes à l'emploi devraient être contrôlées par les méthodes standardisées.

À l'exception de Actinobacillus equuli subsp. equuli, isolé chez le cheval et chez le porc, les autres espèces du genre Actinobacillus sont spécifiquement associées à une espèce animale. La nature de l'espèce infectée est donc primordiale pour le diagnostic.

Des test de PCR spécifiques, amplifiant les gènes codant pour les toxines RTX, ont été mis au point pour Actinobacillus pleuropneumoniae, Actinobacillus suis, Actinobacillus equuli subsp. equuli et Actinobacillus equuli subsp. haemolyticus.
D'après Christensen et Bisgaard, le séquençage de l'ARNr 16S est particulièrement utile pour le diagnostic de Actinobacillus arthritidis, Actinobacillus genomospecies 1 et Actinobacillus genomospecies 2.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

À la connaissance de l'auteur, aucune étude concernant la sensibilité aux antibiotiques n'a été réalisée pour Actinobacillus arthritidis et Actinobacillus genomospecies 2.

Actinobacillus equuli subsp. equuli et Actinobacillus equuli subsp. haemolyticus sont généralement sensibles à de nombreux antibiotiques : bêta-lactamines, aminosides, tétracyclines, chloramphénicol, sulfamides... Une résistance a été observée vis-à-vis de la pénicilline, de l'ampicilline, de la streptomycine, de la gentamicine, de la novobiocine, de l’oléandomycine et de l'association sulfamide-triméthoprime.

La sensibilité in vitro aux antibiotiques de Actinobacillus lignieresii et de Actinobacillus genomospecies 1 n'a pas été évaluée de manière systématique sur un grand nombre de souches. Le traitement antibiotique fait généralement appel à diverses molécules : ampicilline, association amoxicilline-acide clavulanique, chloramphénicol, streptomycine, sulfamides, association sulfamide-triméthoprime...
L'iodure de sodium ou de potassium, en dépit de ses effets secondaires, est très largement utilisé pour le traitement des actinobacilloses des herbivores. In vitro, l'iodure de sodium ou de potassium a un effet bactéricide peu important sur Actinobacillus lignieresii et il agirait en limitant la formation de tissu fibreux. Par ce biais, l'iodure faciliterait également la pénétration des antibiotiques.

Pour le traitement des infections à Actinobacillus pleuropneumoniae, le choix d’un antibiotique efficace doit être basé sur les résultats de l’antibiogramme car des résistances acquises ont été notées vis-à-vis des tétracyclines, des bêta-lactamines, des sulfamides, de la gentamicine, de la streptomycine, de l’érythromycine, de la tiamuline, de la tilmicosine, de l’enrofloxacine, de la danofloxacine, du florphénicol, du thiamphénicol et du chloramphénicol (actuellement interdit en élevage).
D’une manière générale on peut noter les points suivants.
. Les antibiotiques les plus actifs sont les céphalosporines (à l’exception de la céphalexine), le florphénicol et les fluoroquinolones suivies par le thiamphénicol, le chloramphénicol, la colistine, la rifampicine (non commercialisé en France pour un usage vétérinaire) et la fosfomycine.
. Les pénicillines, les aminosides, les tétracyclines, l’acide nalidixique, le métronidazole, les sulfamides et l’association sulfamide-triméthoprime ont une activité irrégulière.
. Les macrolides (à l’exception de la tilmicosine), la vancomycine (non utilisée en antibiothérapie vétérinaire et interdite en tant qu’additif), la dapsone et la tiamuline sont pratiquement toujours inactifs.
L’antibiothérapie est efficace (notamment durant la phase initiale de la maladie) mais les animaux malades consomment peu d’eau et d’aliments et il est donc indispensable d’administrer le traitement par injection. Les antibiotiques réduisent le taux de mortalité et permettent de retrouver un gain de poids normal mais ils ne suppriment pas le portage.

Actinobacillus suis est le plus souvent sensible à la pénicilline G, à l'ampicilline, à la carbénicilline, à la gentamicine, à la kanamycine, à la streptomycine, à la polymyxine B, à la tétracycline, au sulfisoxazole et à l'association sulfaméthoxazole-triméthoprime.

 

Prophylaxie

 

Comme pour toutes les infections dues à une bactérie de la famille des Pasteurellaceae, la prophylaxie sanitaire et le respect des bonnes conditions d'élevage sont essentielles.

Il n'existe pas de vaccins commerciaux permettant de prévenir les infections à Actinobacillus arthritidis, à Actinobacillus equuli, à Actinobacillus lignieresii et à Actinobacillus suis.
L’ingestion du colostrum par le poulain réalise une excellente prophylaxie des infections néonatales à Actinobacillus equuli.

Il existe deux grands types de vaccins pour prévenir les infections à Actinobacillus pleuropneumoniae.
. Les vaccins adjuvés faisant appel à des bactéries tuées induisent une réponse immunitaire vis-à-vis de divers constituants bactériens mais pas contre les toxines Apx. Ils permettent de réduire l’intensité des signes cliniques, le taux de mortalité, les retards de croissance, le coût des traitements mais leur efficacité est insuffisante pour prévenir l’infection.
. Les vaccins sous-unités, constitués des trois toxines Apx et d’une protéine de membrane externe ou de plusieurs antigènes capsulaires, ont des avantages théoriques importants. Les résultats du terrain montrent qu'ils permettent de réduire l'intensité des signes cliniques, de réduire la sévérité des lésions, d'augmenter les performances et de réduire le coût des traitements. Expérimentalement, les résultats sont similaires mais ces vaccins n'empêchent pas toujours la colonisation des voies respiratoires par Actinobacillus pleuropneumoniae.

 

 

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